Innover et normaliser pour mieux réindustrialiser

Innover et normaliser pour mieux réindustrialiser

le : 12/01/2026

Innover et normaliser pour mieux réindustrialiser
Sans normalisation, pas de marché. La normalisation est un instrument clé de compétitivité, d’innovation et d’influence internationale. Un levier de la réindustrialisation.

« Si on n’est pas autour de la table, on est dans le menu ». Daniel Richet, directeur général du Cetim, illustre ainsi l’importance pour la survie de l’industrie française de participer aux travaux de normalisation. Son constat est clair : les entreprises évoluent dans un environnement dominé par des tensions commerciales avec les États-Unis et une concurrence chinoise qui propose des produits de qualité à moindre coût.

 

Participer à l’écriture des normes très en amont

Dans ce contexte, la bataille se joue aussi dans les instances de normalisation. Pour que les innovations françaises puissent s’exporter, elles doivent d’abord obtenir ce « passeport normatif » qui leur ouvre l’accès aux marchés internationaux.

Cette stratégie suppose une intervention très en amont. Dans les technologies émergentes comme la fabrication additive, il faut participer à l’écriture des normes avant même la maturité industrielle, faute de quoi d’autres imposeront leur vision. Le Cetim et l’UNM en ont fait un axe majeur, en développant des travaux prénormatifs, et en plaçant des experts aux côtés des industriels afin de combiner expertise technique et stratégie commerciale.

 

Diffuser une culture du compromis

De son côté, l’État mobilise des ressources pour appuyer une stratégie française de normalisation. Orianne Chenain, cheffe du service de la compétitivité, de l’innovation, et du développement des entreprises à la DGE, reconnaît que « la normalisation reste un domaine compliqué, parfois difficile à expliquer à son ministre ». Une réforme ambitieuse est en cours avec un projet de décret pour réaffirmer le caractère volontaire des normes et diffuser une véritable culture du compromis. Signe de la prise de conscience de l’importance de la normalisation, la DGE s’est battue pour que les dépenses liées à la normalisation demeurent éligibles au crédit impôt recherche. Par ailleurs, la normalisation est devenue un critère de sélection des projets du plan d’investissement France 2030, doté de 54 milliards. Ce qui permet « de montrer le lien entre innovation et normalisation et de pousser les entreprises à intégrer cette stratégie », indique Orianne Chenain. Objectif : encourager les entreprises à lier dès l’origine innovation et normalisation.

Du côté des industriels, certains ont déjà intégré cet enjeu. Yannick Leblanc, directeur qualité du groupe M, explique comment la normalisation a guidé la création d’un nouvel atelier dédié à la tuyauterie à forte valeur ajoutée pour le nucléaire. « On a regardé notre marché cible et les normes qui le dimensionnaient, pour voir si on pouvait les intégrer au mieux dans cet investissement et dans les choix technologiques qui l’accompagnent. »

 

« Il s’agit de bâtir une capacité collective d’influence »

Exemple : l’entreprise a choisi une innovation disruptive avec le décapage laser en lieu et place de la méthode du décapage passivation trop coûteuse. Pour faire reconnaître cette technologie, elle a travaillé avec le Cetim pour construire les preuves techniques nécessaires pour faire évoluer les standards.

Pour Daniel Richet, l’enjeu dépasse les cas individuels : il s’agit de bâtir une capacité collective d’influence, notamment dans les filières stratégiques comme l’hydrogène, où une centaine d’instances normatives sont déjà actives. Avec l’UNM, le Cetim a écrit une feuille de route pour travailler sur les zones les plus grises de cette technologie. « Il faut renforcer l’attelage entre la capacité d’expertise, les bureaux de normalisation et les industriels », estime Daniel Richet.

Car c’est bien là que se joue une partie de la réindustrialisation : dans la capacité des filières à peser sur les règles du jeu mondiales. En connectant innovation, stratégie industrielle et normalisation, la France peut non seulement protéger ses intérêts, mais aussi reprendre l’initiative sur des marchés technologiques en plein essor. Encore faut-il jouer collectif et se donner les moyens financiers et humains de son ambition.

 

Crédit photo : Cédric Léo

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