« Fabriquer une nouvelle France »

« Fabriquer une nouvelle France »

le : 12/01/2026

Arnaud Montebourg
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Arnaud Montebourg, ministre de l’Économie et du Redressement Productif entre mai 2012 et août 2014, ne mâche pas ses mots. Non sans humour, cet entrepreneur dans l’agroalimentaire et le nucléaire, fervent défenseur du « Made in France », dresse un diagnostic sévère de la situation de l’industrie française et européenne. Une situation qui pourrait s’améliorer en faisant preuve de courage politique.

72 % des ménages de l’OCDE ont vu leurs revenus stagner ou baisser depuis la crise des subprimes, et ce, dans un contexte de disparition des règles mondiales, d’usage de la force et de domination du politique sur l’économie. « Qui sont les plus nombreux en démocratie ? s’interroge Arnaud Montebourg. Eh bien ceux qui travaillent et qui ont vu leurs revenus baisser. D’où la situation politique très conflictuelle dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Et comme on n’a pas travaillé avant, on se retrouve dans la situation des retardataires. »

 

« Un pays industrialisé doit pouvoir répondre lui-même à ses besoins essentiels »

La France subit des décennies de fragilisation de son industrie, de son agriculture, de ses services. Il devient urgent de redresser la barre. Elle souffre d’un excès de normes subies et non désirées, issues d’une bureaucratie déconnectée et d’injonctions européennes ou réglementaires contradictoires. Les tentatives de simplification ont échoué, paralysant les entreprises et décourageant l’investissement productif. Arnaud Montebourg évoque comment, lorsqu’il était ministre, il a présenté 500 mesures de simplification administratives, dont… cinq ont été retenues. Le pays doit donc assumer un effort politique majeur de simplification et de protection économique.

« La réindustrialisation ne se décrète pas, insiste-t-il. Elle doit mobiliser toute la société, pas seulement l’État ou une élite économique. Le cœur du problème reste notre balance commerciale gravement déficitaire. Un pays industrialisé doit pouvoir répondre lui-même à ses besoins essentiels : l’alimentation, la santé, la défense… »

Arnaud Montebourg estime qu’il faut relocaliser 50 milliards d’euros de production par an sur une décennie pour retrouver l’équilibre. Comment ? « Il faut reprendre les investissements sur des modèles nouveaux, innovants, des technologies compétitives. »

 

La France devient une « colonie numérique américaine »

Reste à trouver les financements. Inutile de compter sur les banques classiques coincées dans les règles de Bâle III, qui ont intégré le droit européen. Ce qui ne les empêche pas d’investir massivement dans la tech américaine. « Où sont les milliards d’épargne européenne, fait-il mine de s’interroger ? Ils vont financer la tech américaine qui alimente la bulle, font monter les prix aux États-Unis et les Américains viennent faire leur shopping chez nous et nous vassalisent. »

La solution : agréger argent public, privé, sur le mode de Bpifance pour financer l’industrialisation, plutôt que de distribuer 85 milliards de bouclier énergétique aux ménages et aux entreprises.

Très critique vis-à-vis de la politique européenne, qui affaiblit les États membres en ouvrant unilatéralement les marchés, il dénonce la naïveté et la passivité du Vieux Continent face protectionnisme assumé des États-Unis et de la Chine. Résultat : la France devient une « colonie numérique » américaine, subissant la domination des grandes plateformes qui captent la valeur issue de l’économie européenne. Au passage, l’ancien ministre de l’Économie se montre très sévère vis-à-vis de l’accord commercial signé par Ursula Van der Leyen avec Donald Trump. Dans le même temps, la Chine impose ses règles et défend agressivement son industrie.

 

« Il faut taper fort et dur »

« On nous avait dit, l’Union fait la force, en fait l’Union fait l’insigne faiblesse », lance-t-il. Arnaud Montebourg en appelle à une forme de protectionnisme européen ou, à défaut, français. Sans un sursaut, l’Union pourrait être balayée politiquement par les mouvements de colère. Contre les abus de position dominante des géants américains du numérique, il affiche « une position très ferme, je pense qu’il faut taper fort et dur et nous avons les outils pour le faire. Vous dites aux géants de la tech, vous avez 5 ans pour être à 50 % du marché, tous les gens de la Silicon Valley vont rentrer chez eux, et les start-up vont faire les Google européens. Il suffit de le décider ».

Arnaud Montebourg appelle à une mobilisation nationale autour des entrepreneurs, qu’il qualifie de « héros » contemporains. Selon lui, malgré leur isolement, tous ceux qui œuvrent à reconstruire l’appareil productif participent déjà, ensemble, à la fabrication d’une « nouvelle France ».

 

Crédit photo : Cédric Léo

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